Pouvoir et population: En Éthiopie, le journalisme du Pulitzer Center suscite des débats en faveur du changement

Image Image fournie par EMMA Radio & TV Media PLC En Éthiopie, la radio reste l’un des moyens les plus accessibles pour les communautés d’accéder à l’information, d’échanger des idées et de se pencher sur les enjeux qui touchent leur vie quotidienne. Mais pour EMMA Radio & TV Media PLC, diffuser du journalisme d’investigation ne se résume pas à mettre un reportage à l’antenne. Il s’agit de créer un espace où les faits peuvent être remis en question, où les expériences peuvent être partagées et où les communautés peuvent commencer à imaginer ensemble des solutions. Dans le cadre de l’initiative « Through the Power and People : Genre, médias et justice sociale en Éthiopie », EMMA Radio a transformé des reportages d’investigation soutenus par le Pulitzer Center en une émission de radio participative consacrée aux soins de santé maternelle, à la violence conjugale, à la justice de genre, à la santé mentale et à la responsabilisation communautaire. Mise en œuvre entre mai et juillet 2026, cette initiative a rassemblé des auditeurs de radio, des responsables associatifs, des professionnels de santé, des associations de femmes, des jeunes, des psychologues, des juristes, des journalistes et des personnalités locales influentes, grâce à une combinaison d’émissions de radio en direct, d’actions numériques, de séances d’écoute communautaires et de « clubs de réflexion des auditeurs » organisés dans le cadre de la « Cérémonie du café ». Du journalisme d’investigation au dialogue public Le projet a été mis en œuvre avec le soutien de la Pulitzer Center Participatory Journalism Initiative, qui vise à renforcer l’impact du journalisme d’investigation en créant des opportunités permettant aux communautés d’interpréter, de discuter et de réagir aux questions révélées par les journalistes. EMMA Radio a construit son projet autour de trois enquêtes soutenues par le Pulitzer Center et portant sur différentes dimensions du genre et de la justice sociale en Afrique: Taiwo Adebulu, « Rural Women Hit Hardest by Nigeria’s Worsening Healthcare Crisis », qui examine les obstacles structurels auxquels les femmes rurales sont confrontées pour accéder aux soins de santé maternelle. Moraa Obiria, « Nairobi to Kigali: How East African Nations Are Tackling Domestic Violence », qui analyse les systèmes de soutien aux survivantes et les réponses aux violences domestiques en Afrique de l’Est. Moraa Obiria, « Shhh … My Wife Beat Me Up! When Men Endure Abuse in Silence », qui explore la stigmatisation et les obstacles institutionnels auxquels sont confrontés les hommes victimes de violences domestiques. Plutôt que de simplement traduire ces enquêtes ou de les reproduire sous forme d’émissions radiophoniques, EMMA Radio les a utilisées comme fondements éditoriaux pour ouvrir des conversations en Éthiopie. Les principales conclusions, les témoignages, les éléments de preuve et les questions soulevées par les enquêtes ont été traduits en amharique et mis en regard des réalités éthiopiennes. Des experts et des membres des communautés ont ensuite été invités à réfléchir à ce que ces récits pouvaient apprendre aux auditeurs sur les difficultés rencontrées dans leurs propres communautés. Cette approche a permis aux auditeurs de constater que, même si les enquêtes provenaient du Nigeria, du Kenya, du Rwanda et d’autres contextes africains, nombre des questions structurelles qu’elles soulevaient étaient également pertinentes pour l’Éthiopie. Quatre conversations, un modèle de journalisme participatif L’initiative a développé une série radiophonique en quatre volets consacrée à des questions interconnectées de santé, de genre, de justice et de participation communautaire. « Quand le parcours d’une mère pour survivre prend des heures »: Le premier programme a examiné les obstacles auxquels les femmes rurales sont confrontées pour accéder aux soins de santé maternelle. S’appuyant sur l’enquête de Taiwo Adebulu, le programme a exploré la manière dont la distance, le mauvais état des routes, le manque de personnel de santé, l’insuffisance des infrastructures, les pénuries de médicaments et les systèmes d’orientation d’urgence défaillants peuvent mettre les femmes en danger. La discussion éthiopienne est allée au-delà du contexte nigérian pour examiner à quoi ressemblent des difficultés similaires en Éthiopie et comment les communautés, les professionnels de santé et les institutions publiques peuvent y répondre. Les auditeurs ont participé par téléphone, par messages, à travers les commentaires sur les réseaux sociaux et lors de discussions communautaires, partageant leurs expériences et soulevant des questions sur l’accès aux soins maternels dans leurs propres communautés. « Derrière les portes closes »: Le deuxième programme a abordé les violences domestiques comme une question de santé publique, de droits humains et de société. Inspiré du travail de Moraa Obiria sur les réponses aux violences domestiques au Kenya, au Rwanda et en Ouganda, le programme a replacé cette conversation dans le contexte éthiopien. Des responsables de groupes de femmes, des professionnels du droit, des travailleurs sociaux, des représentants communautaires et d’autres parties prenantes ont discuté des obstacles qui empêchent les survivantes de signaler les violences, des limites de la médiation informelle et de l’importance de disposer d’un soutien juridique et psychosocial accessible. La discussion a également exploré la manière dont les communautés peuvent passer d’une conception des violences domestiques comme une affaire privée et familiale à leur reconnaissance comme une question nécessitant protection, responsabilité et réponse institutionnelle. « Les hommes que personne ne croit »: Le troisième programme a abordé les expériences souvent invisibles des hommes victimes de violences domestiques. S’appuyant sur l’enquête d’Obiria consacrée aux hommes qui subissent des violences en silence, le programme a examiné comment les attentes sociales liées à la masculinité peuvent décourager les hommes de signaler les violences ou de rechercher un soutien psychologique. Des psychologues et d’autres experts ont discuté des liens entre stigmatisation, santé mentale, conflits familiaux et recours aux services d’aide. Compte tenu de la sensibilité du sujet, EMMA Radio a également utilisé des mécanismes de participation numérique anonymes afin d’offrir aux auditeurs des moyens plus sûrs de contribuer sans révéler publiquement leur identité. Cette approche a démontré une leçon importante pour le journalisme participatif: la forme de participation doit être adaptée à la sensibilité de la question abordée. « De la douleur au pouvoir »: Le dernier programme a réuni les enseignements tirés des trois enquêtes et des conversations générées tout au long du projet. Plutôt que d’introduire une nouvelle enquête, le programme a invité les auditeurs à réfléchir à ce qui peut se produire lorsque les communautés passent de l’identification des problèmes à la recherche de solutions. La discussion a porté sur la participation communautaire, l’égalité de genre, la responsabilité en matière de santé, l’engagement des jeunes, la responsabilité des médias et le rôle des citoyens dans l’élaboration de réponses aux défis sociaux. Le programme a également permis aux auditeurs et aux participants communautaires de réfléchir à la série et de proposer des sujets pour de futures enquêtes d’intérêt public. Transformer les auditeurs de radio en participants L’une des caractéristiques marquantes de ce projet résidait dans sa volonté d’aller au-delà de la diffusion traditionnelle. Chaque émission offrait au public la possibilité de participer par le biais d’appels téléphoniques en direct, de SMS, de commentaires sur Facebook, de messages sur Messenger, de messages vocaux et de discussions en ligne. Cela a permis aux téléspectateurs de répondre directement aux experts, de partager leurs expériences personnelles, de remettre en question certaines idées reçues et de proposer des solutions. Le projet indique avoir touché environ 450 000 personnes à travers ses plateformes de diffusion et numériques, tandis que 3 420 personnes ont activement participé via des canaux interactifs tels que les SMS, les appels en direct et les discussions sur Telegram. Une enquête numérique post-diffusion menée auprès de 1 200 répondants a également montré un fort soutien du public à cette approche. Selon les résultats du projet, 91 % des répondants ont déclaré que l’intégration d’enquêtes internationales soutenues par le Pulitzer Center avait renforcé leur compréhension des défis structurels dans leurs propres communautés, tandis que 94 % souhaitaient que la station continue à utiliser le journalisme d’investigation transfrontalier pour soutenir la responsabilité locale. Les cérémonies du café deviennent des espaces de dialogue public L’un des éléments les plus distinctifs du projet a été la création des Coffee Ceremony Listeners’ Reflection Clubs. Ce modèle s’inspirait de la tradition séculaire de la cérémonie du café en Éthiopie, un cadre familier propice aux discussions, à la réflexion et aux échanges au sein de la communauté. À l’issue des diffusions, les participants se sont réunis dans des lieux communautaires pour écouter les enregistrements des émissions, visionner une sélection de documentaires et débattre des questions soulevées par les enquêtes. Parmi les participants figuraient des femmes, des jeunes, des enseignants, des aînés de la communauté, des journalistes, des professionnels de santé, des chefs religieux, des représentants de la société civile et des personnalités locales influentes. Loin d’être de simples sessions de formation formelles, ces rencontres ont permis de créer des espaces culturellement familiers où les participants pouvaient aborder des sujets sensibles plus ouvertement. Ces discussions ont également permis à EMMA Radio de disposer d’un mécanisme supplémentaire de retour d’information. Les membres de la communauté pouvaient ainsi identifier les questions restées sans réponse, décrire l’impact de ces problèmes sur leurs communautés et suggérer des thèmes pour les futures émissions. De cette manière, les clubs d’écoute ont créé une boucle de retour d’information: journalisme d’investigation → discussion radiophonique → réflexion communautaire → retour des auditeurs → poursuite de la programmation. Relier les communautés à travers l’Éthiopie L’initiative s’est également étendue au-delà de l’audience immédiate d’EMMA Radio grâce à une collaboration avec des radios communautaires partenaires, notamment des stations situées à Bahir Dar, Debre Tabor, Finote Selam, Debre Markos, Enjibara, Woldia, Kemise, Kombolcha et Wag Himra. Ce réseau a permis au projet d’étendre les échanges au-delà d’Addis-Abeba et d’atteindre des publics dans différents contextes régionaux. Pour les radios partenaires, ce projet a également été l’occasion d’observer comment le journalisme d’investigation international pouvait être traduit, contextualisé et transformé en programmes d’intérêt public adaptés au contexte local. Cette approche a donné naissance à un modèle que d’autres producteurs de radios communautaires pourraient éventuellement adapter à leurs propres publics et à leurs propres enjeux. Quand les preuves conduisent à des conversations difficiles Le projet a donné lieu à plusieurs moments démontrant le potentiel du journalisme participatif à remettre en question certaines idées établies. Lors d’une discussion communautaire à Hawassa, par exemple, un ancien traditionnel a reconnu publiquement les limites d’une approche qui considère principalement les violences domestiques comme une affaire familiale. La discussion a encouragé les participants à reconsidérer le rôle de la médiation traditionnelle lorsque des violences graves sont commises et à réfléchir à la manière dont les pratiques communautaires peuvent évoluer afin de mieux protéger les survivants. D’autres discussions se sont concentrées sur des questions pratiques liées à la santé maternelle, notamment le transport, les orientations d’urgence, les infrastructures sanitaires et le soutien communautaire. Ces conversations ont illustré l’objectif plus large du projet : non seulement informer les publics sur les problèmes, mais créer des opportunités permettant aux communautés de se demander « que devons-nous faire maintenant ? » Adapter la participation aux questions sensibles Le projet a également rencontré des difficultés. La discussion consacrée aux hommes victimes de violences domestiques a initialement suscité moins de participation directe par téléphone, certains contributeurs potentiels craignant la stigmatisation et l’exposition publique. EMMA Radio a réagi en introduisant davantage de mécanismes de participation anonymes, notamment des boîtes à suggestions numériques et des canaux de communication textuels. Cette adaptation a démontré l’importance de concevoir la participation en fonction des réalités du public. Pour les questions sensibles, les formats traditionnels d’appels en direct ne sont pas toujours suffisants. Les outils numériques anonymes peuvent offrir des espaces plus sûrs permettant aux personnes de partager des expériences et de poser des questions qu’elles garderaient autrement pour elles. Cette expérience est devenue une leçon importante pour les futurs programmes de journalisme participatif: une participation véritable ne nécessite pas seulement d’inviter les gens à prendre la parole, mais aussi de créer un environnement dans lequel ils se sentent suffisamment en sécurité pour le faire. Au-delà des quatre émissions L’intérêt du public s’est poursuivi au-delà des programmes principaux. EMMA Radio a prolongé l’initiative à travers des discussions supplémentaires en amharique, des programmes de réflexion communautaire, des émissions de référence et un programme de clôture consacré aux enseignements tirés du projet et aux futurs engagements communautaires. Ces programmes complémentaires ont repris certaines questions soulevées pendant la série principale, notamment la responsabilité communautaire, le leadership des femmes, la participation des jeunes, la responsabilité des médias, la justice sociale et l’engagement citoyen. Cette programmation élargie a démontré que les émissions initiales avaient généré des questions et des conversations qui ne pouvaient pas être contenues dans un seul programme de 90 minutes. Le projet a ainsi évolué pour devenir une conversation publique continue. Conclusion « Power and People: Gender, Media, and Social Justice in Ethiopia » démontre le potentiel du journalisme participatif à transformer le journalisme d’investigation, en faisant passer celui-ci d’un produit fini à un processus continu d’engagement public. En plaçant les enquêtes soutenues par le Pulitzer Center au cœur d’émissions de radio en direct, de séances d’écoute communautaires, de conversations numériques et de réflexions locales, EMMA Radio a établi un lien entre les preuves issues d’enquêtes transfrontalières et les réalités éthiopiennes.

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